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Ademe beges : comprendre et réussir son bilan des émissions de gaz à effet de serre

Ademe beges : comprendre et réussir son bilan des émissions de gaz à effet de serre

Ademe beges : comprendre et réussir son bilan des émissions de gaz à effet de serre

Le bilan des émissions de gaz à effet de serre, souvent appelé BEGES, n’est plus un simple exercice réservé aux grands groupes. Entre les obligations réglementaires, les attentes des clients et la pression croissante sur les ressources, de nombreuses entreprises bretonnes doivent désormais savoir précisément d’où viennent leurs émissions et comment les réduire.

Le sujet peut sembler technique : facteurs d’émission, données d’activité, scopes, incertitudes… Pourtant, un BEGES bien mené est avant tout un outil de pilotage. Il permet de transformer une question générale — « comment réduire notre impact environnemental ? » — en décisions concrètes : revoir les achats, optimiser les déplacements, améliorer les bâtiments ou repenser certains procédés.

BEGES et méthode ADEME : de quoi parle-t-on ?

Le bilan des émissions de gaz à effet de serre consiste à quantifier les émissions générées directement ou indirectement par l’activité d’une organisation. L’objectif est d’obtenir une photographie suffisamment fiable des émissions pour définir un plan d’action cohérent.

La méthode proposée par l’ADEME constitue une référence en France. Elle aide les entreprises, collectivités et établissements publics à structurer leur démarche, à identifier les postes significatifs et à suivre les progrès réalisés dans le temps.

Le bilan ne se limite donc pas aux émissions produites dans les locaux de l’entreprise. Il peut également intégrer :

Cette vision élargie est essentielle. Une entreprise peut avoir peu d’émissions directement visibles dans ses bureaux tout en générant une empreinte importante via ses achats, sa logistique ou l’usage de ses produits.

Ne pas confondre BEGES réglementaire et Bilan Carbone

Les deux démarches sont proches, mais elles ne répondent pas exactement au même objectif.

Le BEGES réglementaire répond à une obligation légale pour certaines organisations. Il est encadré par le Code de l’environnement et doit être publié selon des modalités précises. Il permet de rendre compte des émissions liées à l’activité de la structure.

Le Bilan Carbone, développé historiquement par l’ADEME et porté aujourd’hui par l’Association pour la transition bas carbone, correspond davantage à une démarche volontaire et stratégique. Son périmètre peut être large et son approche particulièrement utile pour construire un plan de réduction détaillé.

Dans la pratique, une entreprise peut réaliser un BEGES réglementaire tout en adoptant une approche plus complète inspirée du Bilan Carbone. C’est souvent pertinent lorsque l’objectif ne consiste pas seulement à publier un indicateur, mais à réduire réellement les émissions.

Qui est concerné par l’obligation réglementaire ?

Le BEGES réglementaire concerne notamment :

Les entreprises concernées doivent réaliser leur bilan périodiquement, généralement tous les quatre ans pour les acteurs privés et tous les trois ans pour les acteurs publics. Le bilan doit être accompagné d’un plan de transition décrivant les actions prévues pour réduire les émissions.

Les seuils réglementaires ne doivent toutefois pas être interprétés comme un objectif à atteindre avant d’agir. Une PME de 80 salariés n’est peut-être pas soumise à l’obligation, mais elle peut être sollicitée par un donneur d’ordre, une banque ou un client pour fournir des informations sur son empreinte carbone.

Dans les chaînes de valeur industrielles, cette tendance est particulièrement nette. Les grands groupes demandent de plus en plus à leurs fournisseurs de transmettre des données environnementales. Pour une entreprise bretonne, anticiper cette demande peut devenir un véritable avantage commercial.

Les trois scopes à connaître

La classification en trois scopes permet de répartir les émissions selon leur origine.

Le scope 1 : les émissions directes

Le scope 1 rassemble les émissions directement générées par des sources contrôlées par l’organisation. Il peut s’agir de la combustion de gaz dans une chaudière, du carburant consommé par une flotte de véhicules ou de fuites de fluides frigorigènes dans une installation de climatisation.

Exemple : une entreprise de transformation alimentaire qui utilise une chaudière au gaz comptabilise les émissions liées à cette combustion dans son scope 1.

Le scope 2 : l’énergie achetée

Le scope 2 correspond principalement aux émissions indirectes associées à la production de l’électricité, de la chaleur, de la vapeur ou du froid achetés par l’entreprise.

Une entreprise qui ne possède aucune chaudière mais consomme beaucoup d’électricité n’aura pas nécessairement un scope 1 élevé. En revanche, sa consommation d’énergie apparaîtra dans le scope 2, selon le mix énergétique retenu.

Le scope 3 : les autres émissions indirectes

Le scope 3 couvre les émissions situées en amont et en aval de l’activité. C’est souvent le périmètre le plus large et celui qui révèle les principaux leviers de réduction.

Pour une entreprise de services, les déplacements, les achats informatiques, les prestations sous-traitées et les usages numériques peuvent peser lourd. Pour un industriel, les matières premières, le transport, les emballages et la fin de vie des produits sont généralement déterminants.

Le scope 3 est parfois difficile à mesurer, car il nécessite de collecter des informations auprès de fournisseurs, de prestataires ou de clients. Cette difficulté ne justifie pas de l’ignorer. Un premier calcul fondé sur des estimations raisonnables est souvent plus utile qu’une analyse parfaite qui ne voit jamais le jour.

Les étapes d’un BEGES réussi

Définir le périmètre de l’étude

La première étape consiste à préciser quelles entités, quels sites et quelles activités sont inclus dans le bilan. Faut-il intégrer les filiales ? Les agences commerciales ? Les véhicules mis à disposition des salariés ? Les bâtiments loués ?

Ces choix doivent être documentés. Un périmètre stable facilite la comparaison avec les années précédentes et évite de donner l’impression que les émissions diminuent simplement parce qu’un site a été retiré du calcul.

Identifier les postes d’émissions

Il faut ensuite dresser la liste des sources d’émissions : énergie, flotte automobile, déplacements, achats, déchets, immobilisations, fret, utilisation des produits, etc.

Un atelier réunissant la direction, les achats, la production, les ressources humaines et la logistique permet souvent de révéler des postes oubliés. Le service comptable détient les dépenses, mais il n’a pas toujours une vision précise des flux physiques. À l’inverse, la production connaît les consommations de matières, mais pas forcément leur coût annuel.

Collecter les données d’activité

Le bilan repose sur des données concrètes. Il peut s’agir de kilowattheures d’électricité, de litres de carburant, de tonnes de matières achetées, de kilomètres parcourus ou de montants dépensés.

Les sources possibles sont nombreuses :

Une bonne pratique consiste à associer à chaque donnée un niveau de qualité : mesure directe, donnée fournisseur, estimation ou ratio monétaire. Cette transparence permet de savoir où améliorer la collecte lors du prochain exercice.

Appliquer les facteurs d’émission

Les données d’activité sont converties en émissions grâce à des facteurs d’émission. Par exemple, une quantité de gaz consommée est multipliée par le facteur correspondant à sa combustion. Le résultat est exprimé en kilogrammes ou en tonnes de CO2 équivalent.

Le CO2 équivalent permet de regrouper plusieurs gaz à effet de serre, comme le méthane ou le protoxyde d’azote, en tenant compte de leur pouvoir de réchauffement global. Les facteurs d’émission doivent être choisis avec cohérence et, autant que possible, issus de bases reconnues comme la Base Empreinte de l’ADEME.

Analyser les résultats

Le chiffre total est utile, mais il ne suffit pas. Il faut surtout comprendre sa répartition par poste, par site, par activité ou par unité produite.

Une entreprise peut ainsi constater que 70 % de ses émissions proviennent des achats de matières, tandis que l’électricité ne représente que 8 %. Dans ce cas, remplacer les ampoules par des modèles plus performants aura un intérêt limité par rapport à une discussion avec les fournisseurs ou à une évolution de la conception des produits.

Construire un plan de transition réaliste

Un bilan sans plan d’action risque de rester un document de plus dans un dossier partagé. Le plan de transition doit donc hiérarchiser les mesures en fonction de leur impact, de leur faisabilité, de leur coût et des délais de mise en œuvre.

Les actions peuvent concerner plusieurs niveaux :

Chaque action doit être associée à un responsable, une échéance, un budget et un indicateur. « Réduire les déplacements » est une intention. « Diminuer de 20 % les kilomètres professionnels en deux ans grâce à la visioconférence et au ferroviaire » constitue un objectif pilotable.

Les erreurs fréquentes à éviter

La première erreur consiste à attendre d’avoir des données parfaites. Dans beaucoup d’organisations, certaines informations sont incomplètes. Il est préférable de commencer avec une estimation documentée, puis d’améliorer progressivement la précision.

La deuxième consiste à se concentrer uniquement sur l’énergie des bâtiments. Ce poste est visible et relativement facile à mesurer, mais il n’est pas toujours majoritaire.

La troisième erreur est de traiter le BEGES comme une obligation administrative isolée. Le bilan doit être relié aux achats, à la stratégie industrielle, à la politique de mobilité, aux investissements et aux relations fournisseurs.

Enfin, il faut éviter de confondre réduction et compensation. Planter des arbres ou acheter des crédits carbone ne remplace pas la diminution des émissions générées par l’activité. La priorité reste la sobriété, l’efficacité et la transformation des pratiques.

Un outil de compétitivité pour les entreprises bretonnes

En Bretagne, les entreprises évoluent dans des secteurs fortement concernés par ces enjeux : agroalimentaire, transport, bâtiment, industrie, tourisme, numérique et économie maritime. Pour chacune, les leviers diffèrent, mais la logique reste la même : mesurer pour décider.

Un BEGES bien exploité peut réduire les coûts énergétiques, limiter la dépendance aux combustibles fossiles, renforcer la résilience face à la hausse des prix et répondre aux attentes des donneurs d’ordre. Il peut aussi nourrir une démarche de certification, un projet d’écoconception ou une stratégie de responsabilité sociétale.

La question n’est donc plus seulement de savoir si l’entreprise doit réaliser un bilan. Elle consiste surtout à déterminer comment en faire un instrument de transformation. Car un chiffre isolé informe. Un chiffre comparé, expliqué et relié à des décisions permet véritablement d’agir.

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